Le projet
Ce qui reste à habiter est une série de tirages au brun Van Dyke sur papier washi, associés au kyōgi, consacrée aux akiya, les maisons vides du Japon. Certaines images isolent la maison abandonnée, d'autres la confrontent aux immeubles qui transforment la ville autour d'elle.
Le titre porte un double sens : ce qui reste, c'est ce qui subsiste encore ; ce qui reste à habiter, c'est ce qu'on pourrait encore occuper, réparer, transmettre. La série ne montre pas des ruines, mais un existant en attente.
À l'origine
Tout a commencé dans la campagne de Kumamoto, lors d'une promenade avec ma sœur. J'y ai aperçu mon premier akiya : une maison de bois traditionnelle, vide, laissée au temps. Un peu plus loin se dressaient des maisons neuves en bois, construites à la manière américaine. Ce contraste m'a choquée.
Le Japon m'était apparu comme un pays profondément attaché à la transmission de ses savoir-faire et de sa culture. Je découvrais en même temps sa capacité à transformer son environnement immédiat sans regret : laisser disparaître des maisons que nous, Occidentaux, trouvons magnifiques, et construire à leur place des bâtiments qui me semblaient sans âme.
Ce paradoxe ne m'a plus quittée. Tout au long du voyage, de Kumamoto à Kanazawa, des rives du lac Biwa jusqu'à Tokyo, j'ai observé les façades des maisons et des immeubles que je croisais. Cette série est née de ce regard.
Un regard venu d'ailleurs sur la réhabilitation
Présentée dans le cadre des Journées nationales de l'architecture à Toulon, la série répond à la question de la table ronde, Bâtir sur l'existant, anticiper l'avenir, par un détour japonais. Le Japon offre l'exemple extrême d'une société qui a longtemps choisi de remplacer plutôt que de réhabiliter, et qui découvre aujourd'hui le prix de ce choix : des millions de maisons vides, des quartiers qui se défont, une mémoire bâtie qui disparaît.
Le mouvement s'inverse peu à peu : banques d'akiya, rénovations, nouveaux usages. Mes images se placent à ce point de bascule. Elles invitent à regarder la maison vide non comme un déchet à évacuer, mais comme une ressource, un existant sur lequel bâtir. Ce regard croisé entre le Japon et la France rappelle que la question de la réhabilitation se pose partout où l'on construit.
Van Dyke humide sur washi, feuilles de kyôgi 2026, 47 x 31 (collection privée)
Vue de l'exposition Journées Nationales de l'architecture Toulon 2026
Copyright Sylvie Frejoux
Van Dyke humide sur washi feuilles de kyôgi 2026, 31 x 47
Vue de l'exposition Journées Nationales de l'architecture Toulon 2026
Copyright Sylvie Frejoux