Je photographie ce qui change à l'intérieur des êtres quand le temps qu'ils habitent les traverse.
Ces changements ne se voient pas directement. Ils se déposent dans la rencontre. Avec un lieu, avec d'autres présences, avec un moment de l'histoire qui passe à travers eux sans qu'ils l'aient choisi.
Un être n'est pas donné. Il se forme dans ce que sa traversée lui fait rencontrer, et cette formation ne s'arrête jamais. Ni pour le sujet, ni pour le lieu où il se tient, ni pour celle qui le regarde. Ma propre présence se transforme au contact de ce que je photographie.
Mes choix techniques suivent cette logique. Le numérique, lisse et sans grain, pour ce qui doit garder sa part irréductible au regard. L'argentique, dense et chargé, pour ce qui demande que la durée s'inscrive dans la matière même de l'image. Chaque procédé est une manière de tenir une certaine relation au temps.
Ce qui me retient photographiquement, c'est ce moment où une présence porte encore la trace de ce qui l'a traversée et continue de la transformer. Ce que la rencontre fait à tous les êtres qu'elle met en jeu. Et ce qui demeure quand elle s'interrompt.
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