Lors de mon 1er voyage au Japon, j’ai parcouru les régions des Alpes japonaises et du Kansai en camping-car. Ce qui m’a troublée est la vue de toutes ces maisons abandonnées.
Neuf millions de maisons vides au Japon. Souvent, ce sont des héritiers qui ne vendent pas, ne démolissent pas, ne reviennent pas.
Les akiya ne sont pas des ruines : ce sont des maisons en attente, dans une indécision qui dure.
Elles sont faites de bois et de papier, dans un pays de séismes et d'humidité. Leur permanence tenait à l'entretien, pas à la matière. Quand plus personne n'entretient, ce qui reste se délabre peu à peu.
Je tire leur image sur les matériaux mêmes de cette fragilité. J'utilise le Van Dyke humide sur papier japonais, le washi, et sur feuille de bois rasé, le kyôgi, qui sert à emballer la nourriture et qu'on jette après usage.
L'image n'est pas posée sur le support, elle est dans sa matière : le fil du bois la traverse, les fibres du papier décident où le tirage s'éclaircit et où il s’assombrit.
Je fragmente les épreuves et les maintiens par des bandes de kyôgi. Ce n'est pas une restauration mais un étaiement : il retarde la chute sans la dissimuler.
Personne n'apparaît dans ces images. J’interroge ce qui reste d'un être quand le lieu lui survit.
Le titre reprend le concept d'anthropotopie, développé par l'ethnologue Katiana Le Mentec, avec qui ce projet est mené. Elle le définit comme « un espace saisi à travers la relation singulière et mouvante qu'un être ou un groupe entretient avec lui ».
Akiya Sasayama, 2026, Van Dyke humide sur washi, kyôgi, 25 x 28,5
Ainokura, 48 x 14,5, Van Dyke humide sur kyôgi, 2026